RI-TON

Pour que vive l’art du plâtre
Il a les mains dans le plâtre depuis ses 14 ans. À 57 ans aujourd’hui, Éric Leblanc est un artiste du staff et du stuc qui a à cœur d’assurer la pérennité de son métier d’art.
L’éventuelle disparition de son métier l’inquiète. « On n’en est heureusement pas encore là. Mais nombre de plâtriers arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite et dans les centres de formation des apprentis, on ne compte que 1 ou 2 % de plâtriers pour 98 % de plaquistes » indique Éric Leblanc, maître artisan plâtrier-staffeur-stucateur depuis une bonne quarantaine d’années.

Ceci dit, il est, depuis 2005, un infatigable ambassadeur de son art, écumant collèges, universités, salons et journées européennes des métiers d’art, pérégrinations au cours desquelles il présente ses créations « spectaculaires », une statue de la Liberté de 5 mètres de haut ,réalisée avec l’association des plâtriers du Maine et Loire. « Elle est composée d’une ossature métallique classique, comme celle que nous utilisons dans nos travaux habituels. Le socle est en plaque de plâtre dur et la statue, en elle-même, est faite de plaque marine couleur cuivre. L’intérieur est illuminé et une boule à facettes scintille à son sommet » détaille Éric Leblanc . Pour l’évènement ART STAFF, quarante-neuf statues, identiques, personnalisées par ses collègues de différentes spécialités d’artisanat d’art, s’apprêtent à être exposées au parc de Pignerolle près d’Angers du 3 juillet au 3 octobre.

« Lors des journées européennes des métiers d’art, nous présentons pendant les portes ouvertes que nous organisons, dans cette même approche spectaculaire, une fraiseuse numérique, outil que nous  n’utilisons toutefois pas à l’atelier » précise le maître plâtrier.

Lui est venu au métier « un peu par hasard. J’ai croisé des maçons. Je me suis dit que c’était un métier que je voulais faire. Mais quand j’ai voulu m’inscrire, il n’y avait plus de places. J’ai choisi plâtrier » raconte Éric Leblanc. Il avait 14 ans. Et le voilà bientôt chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France, la formation d’excellence par excellence. « Ça m’a ouvert toutes les portes » dit-il.

À la fin des années 1990, il monte son atelier de moulage à Angers, petite entreprise qui compte aujourd’hui trois salariés et, « depuis 1998 », toujours un apprenti. Rémi, 20 ans, en formation chez les Compagnons du Devoir, de Strasbourg, en 1re année de BP plâtrerie, les a rejoint en 2019 : « Après ma 1ère d’enseignement général, je me suis réorienté pour faire un CAP plâtrerie.

En observant les différentes façons d’utiliser le plâtre, je me suis rendu compte de ses diversités d’usages, de leurs dimensions artistiques pour certaines. J’apprécie les différentes manières d’utiliser le plâtre (le staff, le stuc) et notamment la fabrication de corniches et des éléments en stuc marbre (imitation du marbre). » raconte le jeune homme. « Il faut 7 ans pour former un plâtrier. Les procédés que nous utilisons sont les mêmes depuis trois siècles. » complète Éric Leblanc. Les qualités d’un bon plâtrier ? « Être patient. Ne pas aller plus vite que la matière » lâche Éric Leblanc, avouant dans la foulée « s’éclater en travaillant cette matière ».

En 2007, l’institut national des métiers d’art le récompensait pour sa reconstitution du retable baroque de la chapelle du château du Plessis-Blutière en Anjou datant de1764, devenait, deux ans plus tard, lauréat du prix Liliane
Bettencourt pour l’Intelligence de la Main et peut se targuer aujourd’hui d’être le réalisateur des décors du hall VIP du Hellfest, festival métal de Clisson, et de travailler volontiers, pour renouveler son art, avec des graffeurs pour des œuvres de street art que le temps classera peut-être au rang de patrimoine historique.

Légende photo : Haute de 5 mètres, la statue de la liberté en plâtre d’Éric Leblanc symbolise son
savoir-faire d’artiste.